Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/87

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


M’offrir avec ma fille à son premier coup d’œil ;
Quand ce jour reviendra, ramené par l’année,
Si je lui porte un fils, fruit de mon hyménée,
          Mon bonheur sera de l’orgueil.

    L’année a fui ; voici le jour de fête !
    Est-ce une fête, hélas ! que l’on apprête ?
    Qu’est devenu ce jour jadis si doux ?
    De pleurs amers j’ai salué l’aurore ;
    Pourtant un Charle à mes vœux reste encore,
    J’embrasse un fils, mais je n’ai plus d’époux.

Veuve, deux orphelins m’attachent à la terre.
Mon bien-aimé près d’eux ne viendra pas s’asseoir ;
Ils ne dormiront pas sous les yeux de leur père,
Et j’irai sur leurs fronts, plaintive et solitaire,
           Déposer le baiser du soir.

    O vain regret ! félicité passée !
    Voici le jour où, sur son sein pressée,
    A mon époux je redisais ma foi,
    Et je gémis sur une urne glacée,
    Près de ce cœur qui ne bat plus pour moi ! -

        Ainsi la veuve désolée,
        Digne du martyr au cercueil,
        D’un doux souvenir accablée,
        Pleurait auprès du mausolée
        Son court bonheur et son long deuil.

Nous voyions cependant, échappés aux naufrages,
Briller l’arc du salut au milieu des orages ;
Le ciel ne s’armait plus de présages d’effroi ;
De l’héroïque mère exauçant l’espérance,
Le Dieu qui fut enfant avait à notre France
        Donné l’enfant qui sera roi.