Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/86

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Si Walter Scott est écossais, ses romans suffiraient pour nous l’apprendre. Son amour exclusif pour les sujets écossais prouve son amour pour l’Écosse ; passionné pour les vieilles coutumes de sa patrie, il se dédommage, en les peignant fidèlement, de ne pouvoir plus les suivre avec religion, et son admiration pieuse pour le caractère national éclate jusque dans sa complaisance à en détailler les défauts. Une irlandaise, lady Morgan, s’est offerte, pour ainsi dire, comme la rivale naturelle de Walter Scott, en s’obstinant, comme lui, à ne traiter que des sujets nationaux[1], mais il y a dans ses écrits beaucoup plus d’amour pour la célébrité que d’attachement pour son pays, et beaucoup moins d’orgueil national que de vanité personnelle. Lady Morgan paraît peindre avec plaisir les irlandais ; mais il est une irlandaise qu’elle peint surtout et partout avec enthousiasme, et cette irlandaise, c’est elle. Miss O’Hallogan dans O’Donnell, et lady Clancare dans Florence Maccarthy, ne sont autre chose que lady Morgan, flattée par elle-même.

Il faut le dire, auprès des tableaux pleins de vie et de chaleur de Scott, les croquis de lady Morgan ne sont que de pâles et froides esquisses. Les romans historiques de cette dame se laissent lire ; les histoires romanesques de l’écossais se font admirer. La raison en est simple ; lady Morgan a assez de tact pour observer ce qu’elle voit, assez de mémoire pour retenir ce qu’elle observe, et assez de finesse pour rapporter à propos ce qu’elle a retenu ; sa science ne va pas plus loin. Voilà pourquoi ses caractères, bien tracés quelquefois, ne sont pas soutenus ; à côté d’un trait dont la vérité vous frappe, parce qu’elle l’a copié sur la nature, vous en trouvez un autre choquant de fausseté, parce qu’elle l’invente. Walter Scott, au contraire, conçoit un caractère, après n’en avoir souvent observé qu’un trait ; il le voit dans un mot, et le peint de même. Son excellent jugement fait qu’il ne s’égare point, et ce qu’il crée est presque toujours aussi vrai que ce qu’il observe. Quand le talent est poussé à ce point, il est plus que du talent ; aussi peut-on réduire le parallèle en deux mots : lady Morgan est une femme d’esprit ; Walter Scott est un homme de génie.


LA SAINT-CHARLES DE 1820


—Je disais l’an passé : Voici le jour de fête,
Charles m’attend ; je veux, ceignant de fleurs ma tête,

  1. Il faut en excepter toutefois son roman sur la France. (Note de l’édition originale)