Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/303

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travail, c’est être en extase. Quelle est cette volupté ? qu’est-ce que cette extase ? C’est la satisfaction secrète de la conscience intellectuelle. C’est l’éblouissement intérieur du goût devant le génie en pleine fonction souveraine. C’est la trouvaille surprenante du beau. Le goût ne produit pas plus le chef-d’œuvre que la conscience ne crée l’héroïsme ; le goût n’est pas l’esprit, et la conscience n’est pas la vertu. Mais dans le sanctuaire du for intérieur, à l’heure auguste où le prodige s’opère, à l’instant sacré où l’homme devient héros, où le poëte devient prophète, la conscience est fière, le goût est heureux. Ils applaudissent. Ils ne s’y attendaient pas peut-être, ils n’exigeaient pas tant. Shakespeare, comme Léonidas, c’est l’imprévu. Mais le goût et la conscience tressaillent de joie à la minute violente et sereine où se font les grandes choses. Le chef-d’œuvre, comme l’héroïsme, sont les splendides coups d’état du génie et de la vertu dans le sens du beau et du vrai.

Le goût, on le voit, est, comme la conscience, à la fois personnel et général. Il révèle à chaque individualité, sans la troubler, le mode d’harmonie qui lui est propre avec les grandes lois mystérieuses superposées à tout.

L’inspiration est un ouragan qui a la faculté de se diriger ; cette faculté de se diriger, c’est le goût. Seulement ce mors des pégases, cette bride des hippogriffes, ne sont point accrochés au clou des classes de rhétorique à côté de la patoche du professeur.

Il y a autant de goûts qu’il y a de génies, avec un type supérieur qui est l’idéal. L’idéal, c’est le goût de Dieu.

Dieu étant soleil, le génie est planète.

Le goût est une gravitation.

Toute gravitation planétaire se compose de deux lois, l’évolution sur l’axe et l’évolution dans l’orbite. L’axe est le moi de. la planète ; le parcours de l’orbite est sa fonction.

Ceci engendre dans l’art, et nous venons de l’indiquer, deux lois applicables aux génies ; l’une qui est spéciale à chaque génie, loi de son diamètre, loi de son axe, loi de son moi ; l’autre qui est générale et humaine, loi de l’orbite, loi de la fonction. Cette dernière loi, la voici : éclairer, échauffer, féconder ; — c’est-à-dire, pour tout résumer d’un mot, civiliser. — Cette dernière loi est absolue. Tout génie est tenu d’y satisfaire.

Tourner sur son axe, c’est vivre ; tourner autour du centre, c’est vivifier.

Nous employons le mot Centre ; chacun le traduira selon la vision qu’il a de l’absolu ; l’artiste dira le Beau ; le savant dira le Vrai ; l’homme politique dira le Progrès ; le philosophe dira l’Idéal ; ceux qui cherchent la condensation de toutes les idées dans un mot suprême, diront : Dieu.

Dieu unifie toutes les formes du bien comme le jour tous les modes de la lumière. Deus,