Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/344

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que Moïse, puisqu’ils ont eu une querelle ensemble. Si vous croyez à Moïse, il faut croire à Protée. Ils se sont battus à coups de miracles près du temple d’Hermonthis en Egypte. Personne encore n’a dit le dernier mot sur la singulière vitrine des monstres japonais de la galerie de La Haye. La science rapide sourit, passe outre, et rend cet oracle : ce sont des membres hybrides rapprochés et cousus ; mais il est certain qu’il y a là un achoppement et une occasion de réflexion pour les observateurs graves, pour ceux qui représentent la science profonde, et que Geoffroy Saint-Hilaire, par exemple était fort troublé de ces, spécimens. On l’a entendu murmurer devant cette vitrine, ce mot : Énigme. On a raillé Marco-Polo pour ses hommes-tigres et Levaillant pour ses hommes à queue. Les Niam-Niams viennent de donner raison à Levaillant, et les gorilles à Marco-Polo. Oui, sans que cela puisse en rien détruire et amoindrir l’idée de perfection attachée aux évolutions successives des lois naturelles, oui, selon notre optique humaine, le tâtonnement terrible du rêve est mêlé au commencement des choses, la création, avant de prendre son équilibre, a oscillé de l’informe au difforme, elle a été nuée, elle a été monstre, et aujourd’hui encore, l’éléphant, la girafe, le kangourou, le rhinocéros, l’hippopotame, nous montrent, fixée et vivante, la figure de ces songes qui ont traversé l’immense cerveau inconnu.

Tu rêves donc aussi, ô Toi ! Pardonne-nous nos songes alors.