Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/349

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même Louis XIV : comme le roi est ignorant, on est forcé de tourner les savants en ridicule. Christine de Suède, étant laide, mais blanche, reçoit les ambassadeurs toute nue sur un lit de velours noir. La même Christine fait poignarder sous ses yeux Monaldeschi à Fontainebleau, ses bonnes raisons sont publiquement déduites, elle peut tuer un homme où et quand bon lui semble, étant reine partout, et ce droit des rois à l’assassinat, c’est Leibnitz qui l’établit. Un Frédéric de Prusse, grand plus tard, commence par être jeune et a une maîtresse ; le père-roi, indigné, prend la jeune fille et la passe au bourreau, le bourreau la promène dans les rues de Berlin ; à chaque carrefour, le bourreau s’arrête, met la tête de la jeune fille entre ses jambes, lui relève la jupe, et la fouette du plat de la main ; puis il la traîne ailleurs et recommence. Cela dure tout un jour. Catherine de Médicis fait servir à table Charles IX par ses filles d’honneur en jaquettes laissant voir le genou, puis de son fils énervé par l’orgie elle fait le meurtrier du peuple. Charles II, roi d’Angleterre, reçoit une pension du roi de France, et Louis XV, roi de France, reçoit un subside du roi d’Angleterre. Au bal de l’Opéra, le prince de Conti, bossu, s’amuse à écraser à coups de chiquenaudes le nez d’une petite fille de quatorze ans, sous les yeux de la mère, personne n’osant rien dire, vu que c’est un prince. On a jeté au vent la cendre de Savonarole, et il y a devant le maître-autel de l’Escurial une balustrade de marbre autour de la dalle où est mort Philippe II. Le meilleur des empereurs de Russie, Alexandre Ier, fait semblant de ne pas voir qu’on a tué son père. Et ces extraits que chacun peut faire de sa propre mémoire n’ont aucune raison de finir, et continueraient autant qu’on voudrait. Et en regard de ce passé mettez le présent. Quelle angoisse de voir toutes ces angoisses ! Le contemplateur est le patient du supplice de tous. L’esclavage fait battre deux républiques. En Suède, bannissement et confiscation pour qui se fait catholique ; en Espagne, les galères pour qui lit la Bible. Des femmes sur des trônes laissent, c’est-à-dire font, accrocher des femmes à des gibets. La marque de respect aux princes, c’est de marcher à reculons. Il existe des endroits sur la terre où la justice est rendue au nom d’un crime qui a réussi à devenir roi. Tel est le Mexique sous Santa-Anna. Tels sont encore d’autres pays. Il y a un tel possible dans la cruauté de l’homme qu’on trouve toujours là de l’inattendu. Une femme esclave russe, portant une théière pleine, est heurtée au passage par l’enfant de sa maîtresse, la comtesse..., la théière tombe, l’enfant est échaudé par le thé bouillant ; la comtesse fait venir le plus jeune des fils de l’esclave et verse la même quantité d’eau bouillante sur ce petit enfant. Dans les récents massacres du Liban, la cuisse d’une femme a servi de billot pour couper la tête de son enfant. Comme il faut de l’humanité, on a guéri à l’hôpital l’entaille de la hache. Les plus grands peuples sont rongés par ce chancre, la misère. Partout la détresse fille du parasitisme. Rien n’égale la nudité italienne si ce n’est le haillon anglais. Sous son noir ciel d’hiver, l’indigence mouillée de l’Irlande fait horreur. En Angleterre, la navrante chanson de l’aiguille. En France, les greniers de Rouen et les caves de Lille, Roubaix, Lyon, Leeds, Manchester, Birmingham, Newcastle-on-Tyne