Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/516

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nt comme les arches de pont d’une zone à l’autre. Pas de transition brusque dans la civilisation, qui est une croissance. La nuance mène à la couleur, le monocotylédone au dicotylédone, le zoophyte à l’animal, le crépuscule au jour. Rien n’est à pic. Tout est d’abord larve. Le chaos n’est autre chose que la première chenille.

Il en est sorti le monde, ce prodigieux papillon de l’abîme qui a la poussière stellaire sur les ailes. Et qui, comme le papillon, est âme.

La civilisation aussi commence par être chenille et finit par être lumière.

Elle a ses transitions comme la nature, dont elle fait partie. Les changements d’âge se font sans solution de continuité. Une ébauche tient à celle qui la précède par un détail qui leur est commun à toutes deux. Le désert et le sauvagisme ont en commun la bestialité, presque partagée dans la solitude entre l’homme et la brute ; la barbarie se rattache au sauvagisme par l’anthropophagie dont elle fait l’esclavage ; l’idolâtrie se rattache à la barbarie par le bourreau que la barbarie invente et que la théocratie sacre ; la monarchie se rattache à l’idolâtrie par le droit divin.

Chaque forme de civilisation, on le voit, a son cordon ombilical.

Couper ce cordon, c’est l’affaire du progrès. Le progrès, cet accoucheur de la gestation universelle, fait cette opération avec talent. On peut se fier à lui.

Un mot, en passant, sur le droit divin. Il en vaut la peine. D’ailleurs, il a encore un peu la main sur nous.

Et puis, en eux-mêmes, tous ces véhicules de civilisation veulent être étudiés.

La monarchie, nous venons de le dire, tient à l’idolâtrie par le droit divin. Le droit divin, c’est la déification de l’homme. Peu de chose. Lisez l’Eikon Basilikè, écrit par le docteur Gauden et signé par Charles Ier. Dieu sur la terre, telle est la définition du roi. De là le mot si juste : L’état, c’est mou Qui est Dieu peut bien être le Peuple. Qui est Dieu peut bien être tout. Voyez Henri III. Sully, à la tête de la noblesse de France, présente une supplique au roi ; Sully harangue, il est à genoux, toute la noblesse est à genoux, Henri III, le dos à demi tourné, n’écoute pas, ne regarde pas, et joue avec six petits chiens qu’il porte pendus à son cou dans un sac. Le droit divin explique et autorise cet excès de majesté. Nous devons tout au roi, le roi ne nous doit rien ; telle est la maxime loyale. Elle est proclamée en toutes lettres par l’archevêque d’Auch qui acceptait la dédicace d’Estelle et Némorin au nom des Etats du Languedoc.

Le droit divin arrive vis-à-vis du roi à toutes les formes du culte et de l’adoration. Jean de Pathmos n’est pas plus prosterné devant le