Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/623

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Chacune des trois sondes de l’homme a rapporté quelque chose.

L’œil a vu six mille étoiles, le télescope a vu cent millions de soleils, l’esprit a vu Dieu.

Qui, Dieu ?

Dieu.

Au Dieu Inconnu de saint Paul, l’aréopage opposait le Dieu Inconnaissable.

Le Dieu inconnaissable est le Dieu incontestable.

Les puissances occultes de la création, les effluves de l’illimité ont une rencontre. Elles se heurtent, s’accostent, s’amalgament, s’entrecroisent, forgent l’une sur l’autre, créent. L’étincelle de ce choc est le soleil.

Les effluves étant infinies, l’étincelle est éternelle.

Pas de raison pour que la rencontre s’interrompe.

Partout où vous voyez une étoile, il y a une de ces rencontres-là.

L’immanence infinie produisant le renouvellement indéfini ; tel est le phénomène de la vie universelle.

Essence et substance ; de cet androgyne sort le monde.

Dans la création, telle que nous la voyons, tout est combustion. Vivre, c’est brûler. L’homme brûle.

Nous voyons une création, nous en devinons une autre.

La création visible peut être inextricablement amalgamée de créations invisibles.

Elle doit l’être. L’infinitude patente implique une infinitude latente.

Par création invisible, nous n’entendons pas cette portion de la création matérielle, prolongement indéfini du monde télescopique et du monde microscopique, qui se dérobe à notre perception par l’éloignement ou par la petitesse, la petitesse étant un éloignement. Par création invisible nous entendons une création mêlée à nous-mêmes qui nous enveloppe et nous touche mystérieusement, inaccessible à nos sens, saisissable seulement à notre esprit ; monde inexprimable, vie profonde et inconnue, d’où l’on sort par le berceau et où l’on rentre par la tombe. La création invisible n’a pour l’homme que ces deux ouvertures.

Nous étudions, et nous constatons, dans la mesure de notre possible, la loi de la création visible ; la loi des créations invisibles nous échappe.

Il ne nous est donné que d’affirmer ceci :

Toutes les créations, la visible comme l’invisible, sont concentriques à Dieu.