Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/190

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Il pleure, ô belle enfance, et ta grâce et tes charmes,
Et ton rire innocent et tes naïves larmes,
Ton bonheur doux et turbulent,
Et, loin des vastes cieux, l’aile que tu reposes,
Et, dans les jeux bruyants, ta couronne de roses
Que flétrirait son front brûlant !

Il accuse et son siècle, et ses chants, et sa lyre,
Et la coupe enivrante où, trompant son délire,
La gloire verse tant de fiel,
Et ses voeux, poursuivant des promesses funestes,
Et son cœur, et la Muse, et tous ces dons célestes,
Hélas ! qui ne sont pas le ciel !

                    II

Ah ! si du moins, couché sur le char de la vie,
L’hymne de son triomphe et les cris de l’envie
Passaient sans troubler son sommeil !
S’il pouvait dans l’oubli préparer sa mémoire !
Ou, voilé de rayons, se cacher dans sa gloire,
Comme un ange dans le soleil !

Mais sans cesse il faut suivre, en la commune arène,
Le flot qui le repousse et le flot qui l’entraîne !
Les hommes troublent son chemin !
Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles,
Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles
Le sceptre qui pèse à sa main !

Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ?
Qu’importe à ce géant un cortège d’atomes !
Fils du monde, c’est vous qu’il fuit.