Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/246

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Et, tournant au soleil leurs yeux remplis de flammes,
Sous son aile de feu couve de jeunes âmes,
Qui prendront des ailes un jour !

Pourquoi donc t’étonner, Ami, si sur ta tête,
Lourd de foudres, déjà le nuage s’arrête ?
Si quelque impur reptile en ton nid se débat ?
Ce sont tes premiers j eux, c’est ta première fête :
Pour vous autres aiglons, chaque heure a sa tempête,
Chaque festin est un combat.

Rayonne, il en est temps ! et, s’il vient un orage,
En prisme éblouissant change le noir nuage.
Que ta haute pensée accomplisse sa loi.
Viens, joins ta main de frère à ma main fraternelle.
Poète, prends ta lyre ; aigle, ouvre ta jeune aile ;
Étoile, étoile, lève-toi !

La brume de ton aube, Ami, va se dissoudre.
Fais-toi connaître, aiglon, du soleil, de la foudre.
Viens arracher un nom par tes chants inspirés ;
Viens ; cette gloire, en butte à tant de traits vulgaires,
Ressemble aux fiers drapeaux qu’on rapporte des guerres,
Plus beaux quand ils sont déchirés !

Vois l’astre chevelu qui, royal météore,
Roule, en se grossissant des mondes qu’il dévore ;
Tel, ô jeune géant, qui t’accrois tous les jours,
Tel ton génie ardent, loin des routes tracées,
Entraînant dans son cours des mondes de pensées,
Toujours marche et grandit toujours !



Décembre 1827.