Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/257

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Devant mes yeux, troublés par l’espérance amie,
Avec un rire affreux le malheur s’est levé !


Quand seul dans cette vie, hélas ! d’écueils semée,
Il faut boire le fiel dont le calice est plein,
Sans les pleurs de sa bien-aimée
Que reste-t-il à l’orphelin ?


Si les heureux d’un jour parent de fleurs leurs têtes,
Il fuit, souillé de cendre et vêtu de lambeaux ;
Et pour lui la coupe des fêtes
Ressemble à l’urne des tombeaux.


Il est chez les vivants comme une lampe éteinte.
Le monde en ses douleurs se plaît à l’exiler,
Seulement vers le ciel il élève sans crainte
Ses yeux, chargés de pleurs qui ne peuvent couler.


Mais toi, console-moi, viens, consens à me suivre ;
Arrache de mon sein le trait envenimé ;
Daigne vivre pour moi, pour toi laisse-moi vivre ;
J’ai bien assez souffert, vierge, pour être aimé !


Oh ! de ton doux sourire embellis-moi la vie !
Le plus grand des bonheurs est encore dans l’amour.
La lumière à jamais ne me fut point ravie ;
Viens, je suis dans la nuit, mais je puis voir le jour !


Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire ;
Et s’il me faut courber sous ce fatal honneur,
Ne crains rien, ton époux ne veut pas que sa gloire
Retentisse dans son bonheur.


Goûtons du chaste hymen le charme solitaire.
Que la félicité nous cache à tous les yeux.
Le serpent couché sur la terre
N’entend pas deux oiseaux qui volent dans les cieux.