Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/259

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La Chauve-souris


Fille de la nuit brumeuse, pourquoi voles-tu ainsi sur ma tête avec tes ailes noires et froides ?
Edda.
Que me veux-tu ? Un ange planait sur mon cœur, et tu l’as effrayé… Viens donc, je te chanterai des chansons que les esprits des cimetières m’ont apprises.
Mathurin. Bertram.


Oui, je te reconnais, je t’ai vu dans mes songes,
Triste oiseau ! mais sur moi vainement tu prolonges
Les cercles inégaux de ton vol ténébreux ;
Des spectres réveillés porte ailleurs les messages ;
Va, pour craindre tes noirs présages,
Je ne suis point coupable et ne suis point heureux.


Attends qu’enfin la vierge, à mon sort asservie,
Que le ciel comme un ange envoya dans ma vie,
De ma longue espérance ait couronné l’orgueil ;
Alors tu reviendras, troublant la douce fête,
Joyeuse, déployer tes ailes sur ma tête,
Ainsi que deux voiles de deuil.


Sœur du hibou funèbre et de l’orfraie avide,
Mêlant le houx lugubre au nénuphar livide,
Les filles de Satan t’invoquent sans remords ;
Fuis l’abri qui me cache et l’air que je respire ;
De ton ongle hideux ne touche pas ma lyre,
De peur de réveiller des morts !