Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/279

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Action de grâces


Vous avez dans le port poussé ma voile errante ;
Ma tige a refleuri de sève et de verdeur ;
Seigneur, je vous bénis ! de ma lampe mourante
Votre souffle vivant rallume la splendeur.


Surpris par l’ouragan comme un aiglon sans ailes,
Qui tombe du grand chêne au pied de l’arbrisseau,
Faible enfant, du malheur j’ai su les lois cruelles.
L’orage m’assaillit voguant dans mon berceau.


Oui, la vie a pour moi commencé dès l’enfance,
Quoique le ciel jamais n’ait foudroyé de fleurs,
Et qu’il ne veuille pas qu’un être sans défense
Mêle à ses premiers jours l’amertume des pleurs.


La jeunesse en riant m’apporta ses mensonges,
Son avenir de gloire, et d’amour, et d’orgueil ;
Mais quand mon cœur brûlant poursuivait ces beaux songes ;
Hélas ! je m’éveillai dans la nuit d’un cercueil.


Alors je m’exilai du milieu de mes frères.
Calme, car ma douleur n’était pas le remords,