Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/298

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Qu’on m’épargne au moins la pitié !
Je paye assez mon infortune
Pour que nulle voix importune
N’ose en réclamer la moitié !


"D’ailleurs, vaut-elle tant de larmes ?
Appelle-t-on cela malheur ? –
Oui ! ce qui pour l’homme a des charmes
Pour moi n’a qu’ennuis et douleur.
Sur mon passé rien ne surnage
Des vains rêves de mon jeune âge
Que le sort chaque jour dément ;
L’amour éteint pour moi sa flamme ;
Et jamais la voix d’une femme
Ne dira mon nom doucement !


"Jamais d’enfants ! jamais d’épouse !
Nul cœur près du mien n’a battu ;
Jamais une bouche jalouse
Ne m’a demandé : D’où viens-tu ?
Point d’espérance qui me reste !
Mon avenir sombre et funeste
Ne m’offre que des jours mauvais ;
Dans cet horizon de ténèbres
Ont passé vingt spectres funèbres ;
Jamais l’ombre que je rêvais !


"Ma tête ne s’est point courbée ;
Mais la main du sort ennemi
Est plus lourdement retombée
Sur mon front, toujours raffermi.
A la jeunesse qui s’envole,
A la gloire, au plaisir frivole,
J’ai dit l’adieu fier de Caton.
Toutes fleurs pour moi sont fanées ;
Mais c’est l’ordre des destinées ;
Et si je souffre, qu’en sait-on ?