Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/302

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On devine à ses yeux, pleins d’une pure flamme,
Qu’au paradis, d’où vient son âme,
Elle a dit un récent adieu.
Son regard, rayonnant d’une joie éphémère,
Semble en suivre encor la chimère,
Et revoir dans sa douce mère
L’humble mère de l’Enfant-Dieu !


On dirait qu’elle écoute un chœur de voix célestes,
Que, de loin, des vierges modestes
Elle entend l’appel gracieux ;
A son joyeux regard, à son naïf sourire,
On serait tenté de lui dire :
- Jeune ange, quel fut ton martyre,
Et quel est ton nom dans les cieux ?


O toi dont le pinceau me la fit si touchante,
Tu me la peins, je te la chante !
Car tes nobles travaux vivront ;
Une force virile à ta grâce est unie ;
Tes couleurs sont une harmonie ;
Et dans ton enfance un génie
Mit une flamme sur ton front !


Sans doute quelque fée, à ton berceau venue,
Des sept couleurs que dans la nue
Suspend le prisme aérien,
Des roses de l’aurore humide et matinale,
Des feux de l’aube boréale,
Fit une palette idéale
Pour ton pinceau magicien !


6 novembre 1825