Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/303

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À Madame la comtesse A.H.


Sur ma lyre, l’autre fois.
Dans un bois.
Ma main préludait à peine,
Une colombe descend
En passant,
Blanche sur le luth d’ébène.
Mais, au lieu d’accords touchant :
De doux chants,
La colombe gémissante
Me demande par pitié
Sa moitié,
Sa moitié loin d’elle absente.


Oh ! quel que soit le rêve, ou paisible, ou joyeux,
Qui dans l’ombre à cette heure illumine tes yeux,
C’est le bonheur qu’il te signale ;
Loin des bras d’un époux qui n’est encor qu’amant,
Dors tranquille, ma sœur ! passe-la doucement,
Ta dernière nuit virginale.


Dors ; nous prîrons pour toi, jusqu’à ce beau matin.
Tu devais être à nous, et c’était ton destin,
Et rien ne pouvait t’y soustraire.
Oui, la voix de l’autel va te nommer ma sœur ;
Mais ce n’est que l’écho d’une voie de mon cœur
Qui déjà me nommait ton frère.


Dors, cette nuit encor, d’un sommeil pur et doux,
Demain, serments, transports, caresses d’un époux.