Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/489

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dans Albion [1] pour grossir le trésor,
Conseiller au Régent de démolir Windsor [2] ?
Un bon Roi tôt ou tard chasse un mauvais ministre.
Hélas ! pour repousser tout augure sinistre,
Que faut-il à la France, objet de tant de soin ?
Rien qu’un Bourbon de plus et quelques sots de moins.

Et me voilà soudain, rêvant, sans me contraindre,
Ce bonheur idéal auquel je pense atteindre.
Je pourrai donc, malgré la Minerve en fureur,
Fêter l’heureux Juillet sans fêter la Terreur ;
Le soldat de Condé ne sera plus un traître ;
Le vendéen mourant aura servi son maître [3],
Il perdit tout pour lui, mais du moins, en retour,
Sa veuve obtiendra bien plus de deux sous par jour,
Et maint votant ira, dans sa misère errante,
Végéter, en mangeant vingt mille écus de rente.
Ainsi l’espoir m’abuse, et mon esprit poursuit
Ces songes d’un instant, qu’un autre instant détruit,
Moins sûr dans ces calculs, qu’un moment vit éclore,
Qu’un ministre n’est sûr de l’être une heure encore.

Toi qui seul, de nos jours, pus, toujours agissant,
Servir tous les forfaits et rester innocent,
Discret avant-coureur de l’indiscrète histoire,
Télégraphe, où sont-ils les beaux jours de ta gloire ?
Sais-tu qu’il fut des temps où, du Nord au Midi,
Tu suivais l’heureux camp d’un despote hardi,
Quand, sur ton front muet, posant ses pieds agiles,
La renommée errait sur tes tours immobiles,
Et disait, dans un jour, au monde épouvanté,
Ou le Kremlin en flamme ou le Tage dompté ?
Mais aussi lorsqu’enfin la victoire inconstante
Du Conquérant farouche eut déserté la tente,
Quand Dieu, plaignant l’exil où languissaient nos Lys,
Eut repris son tonnerre à l’aigle d’Austerlitz,
Tu fus l’appui du Corse, et, mentant pour sa gloire,
D’un revers, en courant, tu fis une victoire.
Tandis que, par le froid, par le nombre accablés,
Nos braves, en cent lieux, mouraient inconsolés,
Que ces

  1. Il paraît, d’après ce qu’ont dit les journaux, que M. l’abbé baron L*** vient de s’acheter une retraite en Angleterre.
  2. On sait dans quelle vue le même vient de prendre une mesure qui entraîne la démolition du château royal de Chambord.
  3. Une feuille qu’on dit ministérielle disait dernièrement encore que les
    Vendéens n’avaient rien fait pour le Roi, et que par conséquent on ne leur devait rien. Les 50 sous par mois que reçoivent leurs malheureuses veuves sont donc une générosité ?