Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/660

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« Quelle communion ! Des mourants immobiles,
Cherchant l’hostie offerte à leurs lèvres débiles,
Des soldats défaillants, mais encor redoutés,
Des femmes, des vieillards, des vierges désolées,
Et sur le sein flétri des mères mutilées,

Des enfants de sang allaités !


« La nuit vint, on partit. Mais les turcs dans les ombres
Assiégèrent bientôt nos morts et nos décombres.
Mon église s’ouvrit à leurs pas inquiets.
Sur un débris d’autel, leur dernière conquête,

Un sabre fit rouler ma tête…

J’ignore quelle main me frappa : je priais.

« Frères, plaignez Mahmoud ! Né dans sa loi barbare,
Des hommes et de Dieu son pouvoir le sépare.
Son aveugle regard ne s’ouvre pas au ciel.
Sa couronne fatale, et toujours chancelante,
Porte à chaque fleuron une tête sanglante ;

Et peut-être il n’est pas cruel !


« Le malheureux, en proie aux terreurs implacables,
Perd pour l’éternité ses jours irrévocables.
Rien ne marque pour lui les matins et les soirs.
Toujours l’ennui ! Semblable aux idoles qu’ils dorent,

Ses esclaves de loin l’adorent,

Et le fouet d’un spahi règle leurs encensoirs.

« Mais pour vous tout est joie, honneur, fête, victoire.
Sur la terre vaincus, vous vaincrez dans l’histoire.
Frères, Dieu vous bénit sur le sérail fumant.
Vos gloires par la mort ne sont pas étouffées ;
Vos têtes sans tombeaux deviennent vos trophées ;

Vos débris sont un monument.


« Que l’apostat surtout vous envie ! Anathème
Au chrétien qui souilla l’eau sainte du baptême !