Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/661

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Sur le livre de vie en vain il fut compté ;
Nul ange ne l’attend dans les cieux où nous sommes ;

Et son nom, exécré des hommes,

Sera, comme un poison, des bouches rejeté.

« Et toi, chrétienne Europe, entends nos voix plaintives.
Jadis, pour nous sauver, saint-Louis vers nos rives
Eût de ses chevaliers guidé l’arrière-ban.
Choisis enfin, avant que ton Dieu ne se lève,
De Jésus et d’Omar, de la croix et du glaive,

De l’auréole et du turban. »


VI


Oui, Botzaris, Joseph, Canaris, ombres saintes,
Elle entendra vos voix, par le trépas éteintes ;
Elle verra le signe empreint sur votre front ;
Et, soupirant ensemble un chant expiatoire,
À vos débris sanglants portant leur double gloire,
Sur la harpe et le luth les deux Grèces diront :

« Hélas ! vous êtes saints et vous êtes sublimes,
Confesseurs, demi-dieux, fraternelles victimes !
Votre bras aux combats s’est longtemps signalé ;
Morts, vous êtes tous trois souillés par des mains viles.
Voici votre Calvaire après vos Thermopyles ;
Pour tous les dévouements votre sang a coulé.

« Ah ! si l’Europe en deuil, qu’un sang si pur menace,
Ne suit jusqu’au sérail le chemin qu’il lui trace,
Le Seigneur la réserve à d’amers repentirs.
Marin, prêtre, soldat, nos autels vous demandent,
Car l’Olympe et le Ciel à la fois vous attendent,
Pléiade de héros ! trinité de martyrs ! »


Juin 1826.