Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/668

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On s’élance des haubans.
La poupe heurte la proue.
La mêlée a dans sa roue
Rameurs courbés sur leurs bancs,
Fantassins cherchant la terre,
L’épée et le cimeterre,
Les casques et les turbans.

La vergue aux vergues s’attache ;
La torche insulte à la hache ;
Tout s’attaque en même temps.
Sur l’abîme la mort nage.
Épouvantable carnage !
Champs de bataille flottants,
Qui, battus de cent volées,
S’écroulent sous les mêlées,
Avec tous les combattants.


V


Lutte horrible ! Ah ! quand l’homme, à l’étroit sur la terre,
Jusque sur l’Océan précipite la guerre,
Le sol tremble sous lui, tandis qu’il se débat.
La mer, la grande mer joue avec ses batailles.
Vainqueurs, vaincus, à tous elle ouvre ses entrailles.

Le naufrage éteint le combat.


Ô spectacle ! Tandis que l’Afrique grondante
Bat nos puissants vaisseaux de sa flotte imprudente,
Qu’elle épuise à leurs flancs sa rage et ses efforts,
Chacun d’eux, géant fier, sur ces hordes bruyantes,
Ouvrant à temps égaux ses gueules foudroyantes,
Vomit tranquillement la mort de tous ses bords.

Tout s’embrase : voyez ! l’eau de cendre est semée,