Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/696

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Qui le dernier arrive aux camps impériaux,
Qui, lorsque d’une ville on a forcé la porte,
Ne fait pas, sous le poids du butin qu’il rapporte,

Plier l’essieu des chariots ;


Ma dague d’un sang noir à mon côté ruisselle,
Et ma hache est pendue à l’arçon de ma selle.

Celui qui d’une femme aime les entretiens ;
Celui qui ne sait pas dire dans une orgie
Quelle est d’un beau cheval la généalogie ;
Qui cherche ailleurs qu’en soi force, amis et soutiens,
Sur de soyeux divans se couche avec mollesse,
Craint le soleil, sait lire, et par scrupule laisse

Tout le vin de Chypre aux chrétiens ;


Ma dague d’un sang noir à mon côté ruisselle,
Et ma hache est pendue à l’arçon de ma selle.

Celui-là, c’est un lâche, et non pas un guerrier.
Ce n’est pas lui qu’on voit dans la bataille ardente
Pousser un fier cheval à la housse pendante,
Le sabre en main, debout sur le large étrier ;
Il n’est bon qu’à presser des talons une mule,
En murmurant tout bas quelque vaine formule,

Comme un prêtre qui va prier !


Ma dague d’un sang noir à mon côté ruisselle,
Et ma hache est pendue à l’arçon de ma selle.


1-2 mai 1828.