Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/120

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Des fumiers où croupit ce qui ne peut s’écrire, 
Ces noms sortaient ainsi que d’horribles oiseaux ;
Les squelettes n’avaient qu’à remuer leurs os 
Pour en faire jaillir un de ces noms sinistres ;
Et des larves de rois, des ombres de ministres, 
Richelieu, Louis treize, Arcadius, Rufin, 
Fuyaient ; on entendait des voix dire : — J’ai faim ! 
J’ai froid ! quand donc viendra le jour ? la terre est noire !
 
C’était le grand sanglot tragique de l’histoire ;
C’était l’éternel peuple, indigné, solennel,
Terrible, maudissant le tyran éternel. 


*
O malédiction, d’où viens-tu, misérable ? La bouche d’où tu sors, c’est la plaie incurable, C’est l’égout où le sang filtre en rouges caillots, C’est l’entaille que font les haches aux billots, C’est le tombeau béant, c’est la fosse entr’ouverte D’on ne sait quelle haleine agitant l’herbe verte. Ô malédiction, d’où viens-tu ? De la nuit. La dernière clarté sous toi s’évanouit ; Tu viens après le Crime, et répands sur le monde Une autre obscurité qui n’est pas moins profonde, Et la façon dont toi, le Deuil, tu le combats Fait tomber la pensée et l’âme encor plus bas ; Et rien ne vit, et rien n’éclôt, et rien ne crée, Et rien ne se console en ton horreur sacrée ; Ce n’est qu’avec l’éclair que tu veux éclairer ; Tu ne veux que punir, damner, désespérer, Spectre, et tu fais servir à ces fatals usages Les esprits, les rayons, les poètes, les sages, Tout ce qui vient d’en haut, tout ce qui vient de Dieu ; Ta caverne, fermée au ciel clément et bleu,