Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/121

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N’admet qu’un flamboiement lugubre sous son porche
Un astre dans ta main deviendrait une torche ;
Si tu pouvais, du fond de ton puits sépulcral, 
Prendre à Saturne en feu son cercle sidéral. 
Hélas, tu n’en ferais que l’anneau d’une chaîne ;
O malédiction, tu te nommes la Haine ; 
Tu ne tends pas les bras, non, tu montres les poings.
 
Et je restai rêveur. — Es-tu juste du moins ? 

La malédiction a répondu : 

La malédiction a répondu — Je souffre,
Je juge. Le volcan, hagard, crache le soufre. 
L’âpre océan l’écume, et l’homme la douleur. 
Je suis ce qui déborde et tombe du malheur. 
Je suis l’affliction terrestre qui réclame, 
Et s’irrite et grandit jusqu’à devenir flamme ;
Je suis le râle amer de ce globe fatal ; 
Je suis le hurlement du sombre piédestal ; 
Pourquoi m’insultes-tu, moi qui pleure ? L'ulcère 
N’a-t-il donc plus le droit de dénoncer la serre, 
La dent et la tenaille ? et quelle est ton erreur ! 
C’est moi le deuil ; c’est moi l'effroi ; c’est moi l’horreur ; 
L’étoile flamboyante allongée en épée. 
C’est moi ; je suis l’immense et funèbre épopée 
Qu’écrit au mur du crime une lugubre main. 
Et quant à ma justice, ô ver de terre humain. 
Je m’appelle Isaïe et je m’appelle Dante. — 

Quel esprit ne plierait sous cette voix grondante ; 
Elle est la conscience ; elle a raison ; pourtant 
Après qu’elle a parlé le cœur n’est pas content,
Et l’on entend, au fond de l’infini qui pense,
Comme un profond soupir d’une autre conscience ; 
Et le songeur frissonne et reste soucieux 
Entre ce cri terrestre et ce soupir des cieux.