Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Stuart sans tête, Albrecht sans langue, et Médicis, 
Avec la Messaline et l’Alexandre Six, 
Rôdent lugubrement le long de cette rampe ; 
Lady Macbeth y cache avec ses doigts sa lampe ; 
Maude y tâte le corps de son père encor chaud ; 
Un effrayant cheval y traîne Brunehaut 
Et lui fait rebondir la tête à chaque marche ; 
Et Cyrus, Josué, le sanglant patriarche, 
Alaric, massacrant les peuples à genoux,
Passent en vous disant : Règne, et fais comme nous. 
Chaque forfait vous parle et dit : Suis mon exemple. 
On est dans un sépulcre, on se croit dans un temple. 
Chaque marche, ô terreur ! vivante sous vos pas,
Vous pousse affreusement vers la marche d'en bas. 
— Descends, Charles ! Descends, Frédéric ! Descends, Pierre ! 
Deviens de plomb, deviens d’acier, deviens de pierre ! 
Le sang des bons après le sang des innocents ! 
Règne ! plus bas ! plus bas ! descends ! descends ! descends ! — 

Se retenir ? comment ? Remonter ? impossible ! 
Et l’on descend ; le jour, de moins en moins visible,
S’éteint sur les degrés hideux ; et pas d'amis,
Pas de remords, ou bien des remords endormis,
Pas d’astre, aucun appui, nul guide, les cieux vides,
Le gouffre ; et l’on entend ronfler les Euménides.