Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/140

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S’il suffit d’un duc d’Albe ou d’un Wolsey pour faire 
A toutes les horreurs qu’un lâche cœur préfère 
Tomber les Henri huit et les Philippe deux,
Qu’est ce donc quand ils ont, hélas, à côté d’eux, 
Au lieu du triste eunuque ou du valet inepte, 
Un vaste esprit, faisant de leur faute un précepte,
Flattant leur instinct fauve ou leur impur souhait, 
Alexandre Aristote et Louis Bossuet ? 


*
L’ignorance et la nuit sont les deux sœurs lugubres. L’une a les cœurs malsains, les esprits insalubres, Les cerveaux bas ; et l’autre a la stagnation Des ténèbres pesant sur la création. L’ignorance a les Tyrs, les Babels, les Sodomes, La guerre et les combats, sombres tempêtes d’hommes, D’où sortent les Césars, les Habsbourgs, les Capets ; La nuit a le chaos des nuages épais, Ces tourmentes sous qui l’étoile se dérobe, Qui grondent, remuant tous les gouffres du globe De la mer Caspienne au noir lac Michigan ; Et l’une a le despote, et l’autre a l’ouragan. Elles n’ont pas de cœur, pas de regard, pas d’ailes ; Elles font de la mort ; dès qu’avec l’une d’elles, En présence du sort et du doute, il est seul, L’homme tremble ; elles sont toutes deux le linceul ; Et, soufflant les flambeaux, le guet-apens infâme Que l’une fait au ciel, l’autre le fait à l’âme.