Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/160

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XIV

Et vous ne voulez pas que nous disions : assez ! Que nous tendions les mains pour tous ces insensés, Que nous ayons pitié de ces impitoyables ! Que nous demandions grâce aux destins immuables, A Dieu, pour ceux qui n’ont point fait grâce, et qui sont Tombés, faibles et nus, dans le pouvoir sans fond ! Et vous ne voulez pas que, pesant ces deux chaînes, L’une qui tient le corps captif dans les géhennes, L’autre qui fait de l’âme elle-même un caveau, L’une étreignant le bras, et l’autre le cerveau, Sentant nos yeux mouillés, notre cœur qui se serre, Nous disions, inclinés sur l’énigme misère, Et de tous les cachots comparant la noirceur : L’opprimé le plus sombre, hélas, c’est l’oppresseur ! Si vous ne plaignez pas ces êtres sur qui pèse Une fatalité morne et que rien n’apaise, Ces haïs, ces maudits, qu’est-ce que vous plaindrez ? Refusez-vous le baume aux plus désespérés ? Avez-vous des pitiés décroissant à mesure Qu’on voit la douleur croître et grandir la blessure ? Reculez-vous devant l’étrange extrémité Où le malheur devient de la calamité ?
*
Oh ! soyons bons surtout pour les cruels. C’est triste Que la bonté, si belle alors qu’elle persiste, Vis-à-vis des méchants soit si prompte à l’oubli ! Le méchant, c’est le cœur d’amertume rempli.