Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/161

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Vous cherchez les souffrants ; il est le véritable. 
Oh ! le cri de cette âme est le plus lamentable. 
Etre le guérisseur, le bon samaritain 
Des monstres, ces martyrs ténébreux du destin,
Leur panser leur puissance et leur laver leur crime,
Entre les devoirs saints c’est le devoir sublime. 
Est-il donc impossible, ô Dieu, de secourir,
D’assoupir, de calmer, d’aider, de faire ouvrir 
A la sainte pitié ses ailes toutes grandes ? 
Homme, on t’a fait le mal ; ce qu’il faut que tu rendes,
C’est le bien ; vis, réponds à la haine en aimant,
Et c’est là tout le dogme et tout le firmament.
 
Quoi ! l’amour est fragile et la haine est durable ! 
Quelle est donc cette loi du deuil inexorable ? 
O ciel sombre ! on a beau se révolter, vouloir 
Briser cet anankè, rompre ce désespoir,
L’âpre loi reparaît toujours, sourde et glacée. 
Va, philosophe, essaye, insurge la pensée, 
La raison, la sagesse humaine, la clarté,
Contre la nuit, l’horreur et la fatalité ; 
Appelle en aide et mêle à ces saintes émeutes 
Job, les Esséniens, Philon, les Thérapeutes, 
Voltaire, Diderot, Vico, Beccaria ; 
Toujours Satan revient avec le paria,
Toujours l’enfer vomit, comme une double lave,
Le démon dans le ciel, sur la terre l’esclave, 
Le mal dans l’infini, le malheur ici-bas. 
Plaindre Jésus, c’est bien ; mais plaindre Barabbas, 
C’est aussi la justice ; et la grandeur éclate 
A relever Caïphe, à consoler Pilate,
Et c’est là le sommet le plus haut des vertus 
Que Socrate expirant soit bon pour Anitus. 

Oui ! les désolateurs, ceux-là sont les plus tristes.
 
Vous pleurez quand Sylla dresse ses mornes listes ;