Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/163

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La fourmilière étrange et noire du passé,
Pendant que l’avenir luira, fronton splendide. 
Hélas, en attendant, l’homme, sans jour, sans guide,
Prend des précautions contre l’entraînement 
De la fraternité, vertigineux aimant ; 
Il sent dans sa poitrine une chose suspecte. 
Son cœur ; l’homme, humble ou grand, large esprit, âme abjecte, 
Tarant le sort ainsi qu’on suit dans l’ombre un mur, 
A peur de la pitié comme d’un puits obscur,
Et préfère la haine, et s’attache à la corde 
Du mal pour ne pas choir dans la miséricorde. 
Le pardon crie : Amour ! Quel est cet inconnu ? 
Faire grâce épouvante, et ce mot ingénu,
Doux, clair, simple : — Aimez-vous, frères, les uns les autres !— 
Est si profond qu’il n’est compris que des apôtres.


*
Jean Huss était lié sur la pile de bois ; Le feu partout sous lui pétillait à la fois ; Jean Huss vit s’approcher le bourreau de la ville, La face monstrueuse, épouvantable et vile, L’exécuteur, l’esclave infâme, atroce, fort, Sanglant, maître de l’œuvre obscure de la mort, L'affreux passant vers qui les vers lèvent la tête. Le tueur qui jamais ne compte et ne s’arrête, Le cheval aveuglé du cabestan des lois ; Toute la ville était sur les seuils, sur les toits, Parlait et fourmillait et contemplait la fête ; Huss vit venir à lui cet homme, cette bête, Cet être misérable et bas que l’effroi suit, Espèce de vivant terrible de la nuit ; Difforme sous le faix de l’horreur éternelle, Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle, Il était là, tordant sa bouche sous l’affront ; On voyait des reflets de spectres sur son front