Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/166

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S’écrieront sous les cieux pleins d’astres : Abdiquons ! 
Dieu ! quand luira l’aurore et le siècle, la vie, 
La paix, la joie ouvrant le ciel qui nous convie, 
La liberté splendide aux regards enivrés ? 
Oh ! brisez tous les fers. Dieu vivant ! délivrez 
Le bourreau du supplice et le tyran du trône ! 


*
Partout, du Gange au Rhin, du Tibre à l’Amazone, L’homme souffre, et l’esclave et le maître sont las. Le joug lui-même crie, et tout le mal, hélas ! Vient de ce qu’au vrai jour on n’ouvre pas les âmes. Frères, au désert noir trop longtemps nous errâmes, Et, guidés au hasard, marchant sans voir, rampants, Nous en avons subi les hideux guet-apens. Tout le crime ici-bas est fait par l’ombre lâche. Haïssons, poursuivons sans trêve, sans relâche, Les ténèbres, mais non, frères, les ténébreux. Frappés par eux, broyés par eux, pleurons sur eux. Ah ! si l’on eût tourné vers la clarté leur crâne, S’ils eussent eu leur part de la céleste manne, S’ils eussent vu le vrai, tous ces infortunés, Seraient-ils les bourreaux, les monstres, les damnés ? Non, tout homme qui voit la lumière, l’adore. Non, non ! je plains Sélim, je plains Héliodore, Je plains Caligula, Rhamsès, Achmet ; je plains Tous les Domitiens et tous les Ezzelins ; Je plains Vitellius et Mézencej j’excuse Le fou de Trianon, le fou de Syracuse, Les Gengis, les Thamas, dans l’éclair apparus, Néron brisant Sénèque, Henri brisant Morus, Cosme, Héliogabale, Omar, Philippe, Osée ; Et je dis à la Nuit : Répondez, accusée. 1er janvier 1858.