Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/165

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XV

J’ai tout pesé, j’ai vu le fond, j’ai fait la somme, Et je n’ai pas distrait un chiffre du total ; J’ai mis le nécessaire en regard du fatal ; Je n’ai pas reculé devant le syllogisme ; La vérité dût-elle être mère du schisme, J’ai voulu que le vrai jaillît et triomphât ; J’ai remué dix fois les os de Josaphat ; J’ai tâché, les heurtant, d’en tirer l’étincelle ; J’ai compulsé l’antique archive universelle ; Et l’énigme semblait toujours s’approfondir, Et c’était le zénith et c’était le nadir, Et les aspects changeaient de l’étoile au cloaque ; Du juge Samuel j’allais au juge Éaque ; J’ai comparé les deuils, confronté, discuté ; J’ai du dilemme humain touché l’extrémité ; La tâche était ardue, et mon âpre logique Marchait, et de tout boire avait la soif tragique ; Quel accablement d’être à ceci parvenu Qu’entre l’enfant vêtu de pourpre et l’enfant nu, Entre les fiers palais dont tonne l’embrasure, Dont le seuil triomphal rayonne, et la masure, Entre l’ilote grec et le césar romain, Entre le mendiant, fantôme du chemin, Larve obscure, et le roi que la foule célèbre, On ne sait qui choisir pour pleurer ! — Nuit funèbre ! Quand donc tous les enfers s’évanouiront-ils ? Quand, ayant un rayon sous chacun de ses cils, L’aube apparaîtra-t-elle, après tant d’affreux rêves ? Quand se lèvera-t-il, ce jour saint où les Grèves, Les Tyburns monstrueux, les hideux Montfaucons