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LE PAPE.

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PAROLES DANS LE CIEL ÉTOILÉ


 
                                             Ô vivants, hommes, femmes,
Dormez. Apaise-toi, noir tumulte des âmes.
Oubli ! trêve ! ô méchants, reposez-vous. Assez !
Vous devez être las puisque vous haïssez.
Voici l’heure de paix que la terre réclame.
Le cœur divin envoie au cœur humain sa flamme.
La pensée a grandi car le rêve est venu.
Homme, ne te crois pas plongé dans l’inconnu ;
Tu connais tout, sachant que tu dois être juste ;
Le sort est l’antre noir, l’âme est la lampe auguste ;
Dieu par la conscience inextinguible unit
L’innocence de l’homme aux blancheurs du zénith.
Va, ta tête est au ciel par un rayon liée.
La vie est une page obscurément pliée
Que l’homme en mourant lit et déchiffre en dormant.
Le sommeil est un sombre épanouissement.
Il est des voix, il est des pas, il est des ondes;
Tout se mêle : clameurs, rumeurs, vagues profondes,
Foules blêmes, troupeaux pensifs, essaims joyeux ;
Tout marche au but divin sous les éternels yeux.
Responsabilité, pèse, voici ton heure,
Du haut des deux, et rends l’âme humaine-meilleure.
Les noirs vivants ont tous au pied le même anneau.
Sens, ô berger, le poids énorme de l’agneau.
Frêles puissants, tâchez que l’ombre vous tolère ;
Le gouffre est irrité d’une bonne colère ;
Le gouffre est menaçant, mais c’est contre le fort ;
L’atome avec raison compte, lorsqu’il s’endort,
Sur la protection terrible des abîmes.
Dormez, vertus, dormez, souffrances, dormez, crimes,
Sous la sérénité du firmament vermeil.