Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/245

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Au lieu de cette lune étrange du Calvaire,
Toute rouge du sang que Jésus a sué ;
Au lieu du faux soleil qu’arrête Josué,
Et de l’eau sur laquelle un Christ étoile marche,
Montrez aux bonzes noirs, gardant le temple et l’arche,
Quoi ? la Réalité, ce prodige inouï,
La lumière, ce vaste aspect épanoui,
La mort créant la vie, et transformant la tombe
En crèche où fait son nid l’âme, cette colombe,
Le miracle des gaz, des forces, des aimants,
L’infini ténébreux, plein d’éblouissements,
L’ombre ayant des soleils plus que la mer n’a d’ondes,
La confrontation formidable des mondes,
L’étoile, astre central, et la terre tournant,
L’homme, atome perdu dans ce tout rayonnant,
Les comètes, les feux, les souffles, les bolides,
Les sphères tourbillons et les globes solides,
Les univers sans fin, splendides visions,
Et les créations et les créations ;
Montrez les profondeurs saintes ; montrez aux prêtres
Les abîmes de vie et les océans d’êtres,
Vous les verrez crier : Cela n’est pas ! horreur !
Vous verrez se ruer les cultes eh fureur,
Païens, sur Hicétas, chrétiens, sur Galilée,
Et l’autel tressaillir sur la terre ébranlée,
Et les pâles docteurs frémir dans le saint lieu,
Et les religions reculer devant Dieu.


*


Fanatismes ! terreurs ! la fable est sur les hommes !
Sur tous ces yeux fermés faisant de sombres sommes !
Quel rêve ! quel monceau d’olympes insensés !
Que d’effroi ! que d’enfer !

                                   Assez, prêtres ! assez !