Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/244

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Dans le ciel, plus menteur et plus noir que la mer,
Un Dieu de plus passer sur le poil de ta chair !


*


Toute religion, homme, est un exemplaire
De l’impuissance ayant pour appui la colère.

Toute religion est un avortement
Du rêve humain devant l’être et le firmament ;
Le dogme, quel qu’il soit, juif ou grec, rapetisse
A sa taille le vrai, l’idéal, la justice,
La lumière, l’azur, l’abîme, l’unité ;
Il coupe l’absolu sur sa brièveté ;
Tous les cultes ne sont, à Memphis comme à Rome,
Que des réductions de l’éternel sur l’homme,
Fragments d’indivisible, ombres de la clarté,
Masques de l’infini pris sur l’humanité.
Leur tonnerre est un bras qui lance un dard de soufre ;
Leur cercle n’admet pas l’immensité ; leur gouffre
Est comblé d’un Odin ou d’un Adonaï.

Eh bien, penseurs, niez Olympe et Sinaï ;
Au lieu de ce vain ciel qui sur un mont s’appuie,
Et d’Éole trouant les outres’ de la pluie,
Et des quatre chevaux d’Apollon hennissant
De joie et de fureur vers la nuit qui descend ;
Au lieu de ces palais de nuage et de flammes
Où flottent, transparents, des dieux hommes et femmes,
Où, les foudres au poing, rôdent tous ces fléaux
Que l’homme appelle Allah, Sabaoth, Fô, Théos ;
Au lieu de l’éléphant pontifical qui groupe
sur sa tête les cieux et l’enfer sur sa croupe ;
Au lieu de cette mer du désert ténébreux
Qui laisse fuir Moïse et passer les Hébreux
Entre ses flots ainsi qu’entre deux murs de verre ;