Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/252

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                       Soit. Plus d’enfer. —

                                                           Mais rien après la vie,
Rien avant ; la lueur des ténèbres suivie ;
Tout ramené pour l’homme à l’instinct animal ;
Le bien n’ayant pas plus raison contre le mal
Que le tropique n’a raison contre le pôle ;
De Sade, triomphant, raillant Vincent de Paule ;
Tout réduit à l’atome inerte, inconscient,
Sourd, tantôt tourmenteur et tantôt patient ;
Tout dans les appétits et dans les épigastres ;
Par l’aube, par le jour, par la nuit, par les astres,
Par l’univers, sur l’homme ouvert et refermé,
Socrate démenti, Lacenaire affirmé ;
Pour tout dogme : ― « Il n’est point de vertus ni de vices ;
« Sois tigre, si tu peux. Pourvu que tu jouisses,,
« Vis n’importe comment pour finir n’importe où ; » ―
Caligula le sage, Aristide le fou ; ’ ;
Jésus-Christ et Judas désagrégés ensemble,
Puis remêlés à l’ombre éternelle qui tremble,
Sans que l’atome, au fond de l’être ou tout périt,
Sache s’il fut Judas ou s’il fut Jésus-Christ ! ―

Oui, c’est vrai, plus d’enfer, rêve hideux de Rome,
Plus d’affreux punisseur rôdant derrière l’homme.

Mais tout nivelant tout ; je croyais, tu niais,
Qu’importe ! l’honneur sot, le martyre niais ;
Pas d’âme ; pas de moi qui survive et qui dure ;
L’infâme égalité de l’astre et de l’ordure ;
La pourriture, ô deuil î reprenant tout Brutus ;
C’est-à-dire pas plus d’astres que de vertus ;
L’azur roulant, aux plis de ses ténébreux voiles,
Dans un spectre de ciel des fantômes d’étoiles ! ―