Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/257

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Cherche. Il s’est dissipé. Cherche encor, fouille, creuse,
Et tâte avec la main sous cette voûte affreuse.
Que trouves-tu ? Regarde. Est-ce cela ? Oui. Non.
Qu’est-ce ? Cela n’a plus de forme ni de nom ;
C’est noir comme la nuit et vain comme la cendre ;
C’est l’homme. Et si tu veux demain y redescendre,
Tu ne trouveras plus, dans ce hideux réduit,
Même ce peu de cendre et ce reste de nuit.

A peine est-il couché, débris dans les décombres,
Que les mille éléments, tous ces créanciers sombres,
Qui l’avaient pour un -temps à l’âme concédé,
Redemandent ce corps par les vers seuls gardé ;
Et chacun - car la vie a la mort pour domaine -
Prend ce qui lui revient dans cette argile humaine.
Tout atome, dans l’eau, dans la terre ou dans l’air,
Est un Shylock qui veut sa part de cette chair.
O nature sans fond ! gouffre avare et rapace !
Partout, en haut, en bas, dans la nuit, dans l’espace,
Tout réclame à la fois, tout s’ouvre en même temps,
La pierre, le buisson, le miasme des étangs,
La poussière, la fleur, le vent, la flamme ardente ;
Et, dans la profondeur des ténèbres pendante,
La matière dont l’homme était formé s’épand,
Et se cache ; et, glissant, coulant, tombant, rampant,
Se hâte de crouler dans tous ces précipices.
Et, soit qu’elle ait là-haut trouvé les cieux propices,
Grâce au bien qu’elle a fait, au beau qu’elle a pensé,
Soit qu’ayant mal vécu, traînant un vil passé,
Elle ait vu se fermer devant elle l’aurore,
L’âme, envolée au fond de la mort sombre, ignore
Cette fuite rapide et sinistre du corps.



AUTRE VOIX

J’entends les vivants rire ; ils deviendront les morts.