Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/265

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V

CONCLUSION.


As-tu vu méditer les ascètes terribles ?
Ils ont tout rejeté, talmuds, korans et bibles.
Ils n’acceptent aucun des védas, comprenant
Que le vrai livre s’ouvre au fond du ciel tonnant,
Et que c’est dans l’azur plein d’astres que flamboie
Le texte éblouissant d’épouvante ou de joie.
Contemplant ce qui n’a ni bord, ni temps, ni lieu,
Absorbés dans la vue effrayante de Dieu,
Farouches, ils sont là, chacun seul dans l’espèce
D’horreur qu’il a choisie au bord de l’ombre épaisse,
Faisant vers l’inconnu toujours le même effort,
L’un dans un vieux tombeau dont il semble le mort,
L’autre, sinistre, assis dans un trou du tonnerre
Au tronc prodigieux d’un cèdre centenaire,
L’autre livide et nu dans un creux de rocher,
Muets, affreux, laissant les bêtes s’approcher,
Pas plus importunés sous leur fauve auréole
D’un tigre qui rugit que d’un oiseau qui vole,
Le désert les a vus à jamais s’accroupir.
Jamais un mouvement et jamais un soupir.
Ont-ils faim ? ont-ils soif ? Quand luit l’aube embrasée,
Ils ouvrent vaguement leur bouche à la rosée,
Et la rouvrent parfois quand vient le soir hagard.
Si la pensée était saisissable au regard,
On verrait le néant, l’éternité, le monde,
L’énigme plus lugubre encor quand on la sonde,
Tomber de leurs fronts noirs comme l’ombre des ifs ;
Ils songent, ni vivants, ni morts, spectres pensifs,
Entre la mort trompée et la vie impossible ;