Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/266

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L’été passe ; l’hiver vide sur eux son crible ;
Ils ne regardent rien que l’obscur firmament,
Et dans des profondeurs d’anéantissement
Ces êtres, abrutis par l’idéal, s’abîment.
Nul ne sait quels courants d’infini les raniment
A mesure que l’homme en eux s’évanouit.
L’ouragan monstrueux leur parle dans la nuit
Comme le célébrant parle au catéchumène,
Et ces hideux esprits perdent la forme humaine.
L’aigle leur dit un mot à l’oreille en passant ;
Ils font signe parfois à l’éclair qui descend ;
Ils rêvent, fixes, noirs, guettant l’inaccessible,
L’œil plein de la lueur de l’étoile invisible.


*


Invisible ! Ai-je dit invisible ? Pourquoi ?


*


Il est ! Mais nul cri d’homme ou d’ange, nul effroi,
Nul amour, nulle bouche, humble, tendre ou superbe,
Ne peut balbutier distinctement ce verbe !
Il est ! il est ! il est ! il est éperdument !
Tout, les feux, les clartés, les cieux, l’immense aimant,
Les jours, les nuits, tout est le chiffre ; il est la somme.
Plénitude pour lui, c’est l’infini pour l’homme.
Faire un dogme, et l’y mettre ! ô rêve ! inventer Dieu !
Il est ! Contentez-vous du monde, cet aveu !
Quoi ! des religions, c’est ce que tu veux faire,
Toi, l’homme ! ouvrir les yeux suffit ; je le préfère.
Contente-toi de croire en Lui ; contente-toi
De l’espérance avec sa grande aile, la foi ;
Contente-toi de boire, altéré, ce dictame ;
Contente-toi de dire : — Il est, puisque la femme