Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/329

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Formidable emplissait le firmament vermeil,
Leur chandelle tâchait d’éclairer le soleil !

Homme, à d’autres instant, enivré de toi-même,
L’aveuglement croissant dans ta prunelle blême,
Tu dis : — C’est moi qui suis. Dieu n’est pas ; l’homme est seul.
Est-ce au Gange, à la Mecque, à Thèbe, à Saint-Acheul,
Dans les cornes d’Ammon ou dans la Vénus d’Arle,
Qu’il faut aller chercher ce Dieu dont on nous parle ?
Est-ce lui que l’enfant a dans son petit doigt ?
Personne ne l’a vu, personne ne le voit,
Cet être où la ferveur des idiots s’attache.
Il est donc bien difforme et bien noir qu’il se cache ?
L’homme est visible, lui ! c’est lui le conquérant ;
C’est lui le créateur ! l’homme est beau, l’homme est grand ;
L’argile vit sitôt que sa main l’a pétrie ;
L’homme est puissant ; qui donc créa l’imprimerie,
Et l’aiguille aimantée, et la poudre à canon,
Et la locomotive ? Est-ce Jéhovah ? non ;
C’est l’homme. Qui dressa les splendides culées
Du pont du Gard, au vol des nuages mêlées ?
Qui fit le Colisée, et qui le Parthénon ?
Qui construisit Paris et Rome ? Est-ce Dieu ? non ;
C’est l’homme. Pas de cime où l’homme roi ne monte.
Il sculpte le rocher, sucre le fruit, et dompte,
Malgré ses désespoirs, sa haine et ses abois,
La bête aux bonds hideux, larve horrible des bois ;
Tout ce que l’homme touche, il l’anime ou le pare. —
Bien, crache sur le mur, et maintenant compare.
Le grand ciel étoilé, c’est le crachat de Dieu.

Nier est votre roue et croire est votre essieu,
Hommes, et vous tournez effroyablement vite.
Après l’enfant de choeur, le diacre et le lévite
Chantant alleluia, passe une légion
D’hérétiques criant l’hymne trisagion ;
L’homme blanc devient noir de nuance en nuance ;