Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/348

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Les sphères, les levers d’étoiles, l’éther pur,
Et le nimbe solaire et l’auréole astrale
Filtrent dans l’âme humaine en lumière morale.
Kant, c’est un malheur d’être une voûte à cachot,
Une cave fermée au ciel splendide et chaud,
Une maison de nuit. Hélas ! l’homme en est une.
Il a cette mauvaise et fatale fortune
Que son obscurité résiste obstinément
Au lys, à la colombe, à l’aube, au firmament.
Rien, ni l’Etna qui semble en braise se dissoudre,
Ni le passage vaste et fuyant de la foudre,
Ni la lune, ébauchant quelque sacré contour,
Pas même l’évidence éclatante du jour,
Pas même le feu noir qui dévore Sodome,
Rien ne peut éclairer l’intérieur de l’homme.

Ô Kant, l’homme est drapé de rêves mal tissus.
Vêtu d’un haillon sombre, il porte par-dessus
Une pourpre d’orgueil prise aux fausses sagesses.
Il est fils des géants mariés aux singesses ;
Il a plus de grimace encor que de grandeur ;
Son profil de beauté d’un profil de laideur
Se double, et son sublime adhère au ridicule
De si près qu’on le croit fait pour le crépuscule.
Aussi quelle ombre en lui ! quelle ombre autour de lui !
Il sent sous tous ses pas trembler le point d’appui,
Ce qu’il espère étant presque ce qu’il redoute ;
Un flot de trouble passe après un flot de doute ;
Tout se résout en gouffre, en chute, en tremblement
Sur on ne sait quel vague et blême escarpement,
En ouverture sombre, en cécité muette,
Tâtonnement au docte et vertige au poète ;
Et toujours, au-dessus du lugubre horizon,
Et de votre savoir et de votre raison,
L’idole, le cromlech, l’autel, dressent leur cime
Que blanchit un rayon monstrueux de l’abîme.