Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/351

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Entrer, tenant par l’aile ou la patte sanglante
Une pauvre petite âme toute tremblante,
Et dire, en la jetant aux vieux : Plumez-moi ça !
Je me souviens des cris que plus d’une poussa
Pendant que son plumage auroral, son enfance,
Sa blancheur, sa candeur, sa gaîté sans défense,
Sous les vils ongles noirs d’un rustre aux yeux éteints,
Tombaient, duvet charmant, et que les sacristains
Heureux de voir l’oiseau tout nu dans leurs mains dures
Balayaient ces splendeurs des cieux au tas d’ordures !
L’aile pourtant n’est point arrachée au moignon ;
Elle repousse grise et faite au cabanon ;
L’enfant vit ; nul ne peut dire : Cette âme est morte ;
L’âme prend la couleur du verrou de la porte,
Voilà tout, et son œil clignote ; et maintenant,
Avec un encrier au croupion, traînant
Bréviaires, gradus, glossaires, cent volumes,
Toute la cuistrerie engluée à tes plumes,
Vole donc, alouette, au fond du libre azur !

La sacristie, hélas ! fait un deleatur
Du mystérieux D qui sert de majuscule
Au mot Dieu flamboyant dans notre crépuscule ;
Elle éteint dans les fronts les rayons libéraux.
Vous mutilez des cœurs, ah, niais ! ah, bourreaux !
Et vous raccourcissez des âmes ! et vous êtes
Dans l’auguste forêt d’horribles ciseaux bêtes !
Vous tondez les instincts, vous rognez les cerveaux ;
Sur le patron des vieux vous taillez les nouveaux ;
De la création vous troublez l’équilibre ;
Ignorant que tout être est fait pour croître libre,
Pour donner telle fleur et vivre en tel milieu,
Que toute âme a sa forme intime devant Dieu,
Et que toute nature a droit à sa broussaille,
Vous tronquez des talents, de même qu’à Versaille,
Ô brutes, vous changez en pains de sucre verts
Le cèdre et le cyprès, géants d’ombre couverts,