Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/352

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Sans même voir, parmi vos bronzes et vos marbres,
L’humiliation de tous ces pauvres arbres,
L’ennui de l’oranger fait pomme, et le chagrin
Des ifs taillés en cône autour du boulingrin.

Pédagogues ! toujours c’est ainsi que vous faites.
Tout l’esprit humain doit se mouler sur vos têtes ;
Pégase doit brouter dans votre basse-cour,
L’aile morte, et manger de votre foin. Le jour
Où, de votre perruque arrangeant les volutes,
Fiers, perchés sur Zoïle et Batteux, vous voulûtes
Définir le génie, expliquer la beauté,
Les mauvais estomacs ont dit : Sobriété ;
Les myopes ont dit : Soyons ternes ; la clique
Des précepteurs, geignant d’un air mélancolique,
A décrété : Le beau, c’est un mur droit et nu.
Donc Rubens est trop rouge et Puget trop charnu ;
L’art est maigre ; Vénus serait plus belle, étique.
Shakspeare, ce satan de votre art poétique,
Prodigue image, idée et vie à chaque pas ;
La nature, imitant Shakspeare, ne voit pas
Sur une vieille pierre une place vacante
Sans la donner à l’herbe ou l’offrir à l’acanthe ;
Le lierre énorme où l’art mystérieux se plaît
Emplit Heidelberg comme il emplit Hamlet ;
Vous coupez cette ronce auguste qui soupire ;
Vous tombez à grands coups de serpe sur Shakspeare,
Marauds, et vous frappez, jusqu’à n’en laisser rien,
Sur le grand chêne où flotte un hymne aérien.

À qui donc croyez-vous persuader, ô cuistres,
Que le beau, que le vrai vous ont pris pour ministres,
Et qu’Horace va dire : Hic lucidus ordo,
Parce que vous tirez des crétins au cordeau !

N’est-il pas odieux, ô Jean-Jacque, ô Molière,
Ô d’Aubigné, du droit puissant auxiliaire,