Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/363

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Ou croit lui faire honneur en brûlant une cire.
Il dit à Dieu : Seigneur; mais dit au diable : Sire.
Je te répète, ô Kant, que j'ai honte et mépris
Des superstitions où le pauvre homme est pris ;
Car, même quand il croit, quand il accepte un culte,
Son culte calomnie et sa croyance insulte ;
Il rêve un éternel méchant, pareil à lui.

Quant au monde créé, son incurable ennui,
Comprenant peu l'auteur, comprend encor moins l'oeuvre.
Dieu brille, l'homme siffle, écho de la couleuvre;
La nature n'est pas à son gré, tant s'en faut ;
Le spectateur n'est point enchanté du spectacle ;
Et tandis qu'au-dessus de son frêle habitacle,
L'épanouissement du gouffre resplendit,
Tandis que l'humble oiseau gazouille, ou que bondit
L'âpre ouragan ouvrant ses gueules de gorgone,
Tandis que le jour chante et rit, l'homme bougonne ;
Dédaignant le réel d'après ses visions,
Cracheur de l'océan des constellations,
Faisant des ronds dans l'ombre accoudé sur la berge,
Voyageur murmurant de sa chambre d'auberge,
Il déclare ceci mauvais, cela manqué ;
Bâille; à la loterie, il emploie anankè ;
Se taille dans l'azur son ciel bête ; chicane,
En présence des nuits sans fond, le grand arcane ;
Proteste, et par moments s'irrite, et lestement
Blâme l'abîme et son fait au firmament.

Que vous soyez croyant, soumis à l'amulette,
Mouton que mène un prêtre avec une houlette,
Ou douteur, et de ceux sur qui d'Holbach prévaut,
Qu'importe ! toi l'impie et ton voisin dévot,
Vous êtes faits au fond de la même faiblesse ;
Le fait vous déconcerte et le réel vous blesse ;
Ce qui vous excédait dans l'art vous choque aussi