Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/367

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La vérité criait : Je mens ! et Patouillet
Semonçait Galilée, et Dieu s'agenouillait.

L'immensité, sur toi sinistrement penchée,
Luit; la suprématie en fait une bouchée.
Ah ! tu n'es vraiment pas embarrassé de Dieu.
Que tu jures par Locke ou bien par saint Matthieu,
Homme, athée en ta foi comme en ton ironie,
Tu crois qu'un ciel s'éteint dès qu'un prêtre le nie,
Imbécile ! ou qu'après ton choc voltairien
Le monde est en poussière et qu'il n'en reste rien.
Quoi ! tu veux dépecer le monde, toi l'atome !
Cette création vaste, étrange, ignivome,
Monstre du beau, torpille au contact foudroyant,
Dressant dans l'inconnu ses cent têtes, ayant
Pour écailles des mers, des soleils pour prunelles,
Ce polype inouï des vagues éternelles,
Cet immense dragon constellé, l'univers,
Tu le critiques, toi, le petit, le pervers,
Qui vis rongé de lèpre et meurs couvert de cendre,
Toi que le vice mord, toi dont la race engendre
Ce César qui broyait vingt peuples douloureux
Pour être appelé grand, et ce Poulmann affreux
Qui tuait un vieillard pour un verre de cidre !
Mangé par l'acarus, tu veux dévorer l'hydre !