Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/41

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LE PAPE AUX FOULES


À travers la douleur, l’angoisse, les alarmes,
Du fond des nuits, du fond des maux, du fond des larmes,
Venez à moi vous tous qui tremblez, qui souffrez,
Qui râlez, qui rampez, qui saignez, qui pleurez,
Les damnés, les vaincus, les gueux, les incurables,
Venez, venez, venez, venez, ô misérables !
Je suis à vous, je suis l’un de vous, et je sens
Dans mes os votre fièvre immense, agonisants!
Venez, déguenillés, réprouvés, multitude !
Je suis le serviteur de votre servitude,
Et de votre cachot je suis le prisonnier ;
Le premier chez les rois, parmi vous.le dernier.
Votre part est la bonne, elle est la plus auguste ;
Le riche a beau bien faire, être sage, être juste ;
Quiconque a les pieds nus marche plus près de Dieu.
Le ciel noir montre plus d’astres que le ciel bleu.

Je vous aime, et n’ai pas d’autre raison pour être,
Fils, le prêtre du-juge et le juge du prêtre.
Je ne suis qu’un pauvre homme appartenant à tous.
O souffrants, aidez-moi. Je tâche d’être doux.
Venez, partageons tout,’ le froid, la faim, les jeûnes.
Je suis vieux chez les vieux et jeune avec les jeunes ;
Je suis l’aïeul du père et l’enfant des petits ;
J’ai tous les âges ; fils, j’ai tous les appétits,
Toutes les volontés, toutes les convoitises ;
Je suis, comme l’agneau qu’attirent les cytises,
Attiré par les deuils, les dénûments, les pleurs ;
Je veux avoir ma part de toutes les douleurs ;