Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/53

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EN VOYANT UNE NOURRICE


Mère, je te bénis. La nourrice est sacrée.
Après l’éternité la maternité crée ;
Eve s’ajoute à Dieu pour compléter Japhet ;
Et l'homme, composé d’âme et de chair, est fait
Du rayon de l’abîme et du lait de la femme.
L’ineffable empyrée est une vaste trame
De souffles, de beauté, de splendeur et d’amour.
Qu’est-ce que la nature ? Un gouffre, un carrefour,
Une rencontre ; et tout vient pêle-mêle éclore.
Ce que la femme donne à l’enfant, c’est l’aurore ;
Il coule autant de jour d’un sein que d’un soleil ;
D’une sombre mamelle au fond du ciel vermeil
Les étoiles sont l’une après l’autre tombées ;
Les Pléiades en haut, en bas les Machabées,
Sont des groupes pareils ; toute clarté descend
Et devient notre esprit et devient notre sang.
Et dans tous les berceaux l’infini recommence ;
Et l’Éternel emploie à la même œuvre l’immense,
En ce monde où l’enfant sans l’astre est incomplet,
La goutte de lumière et la goutte de lait.
O bénédiction, sois à jamais sur l'homme !

Rêveur.

Et pourtant, ô vivants, quand je songe à Sodome,
A Carthage, à Moloch, à tous vos noirs exploits,
A tous les attentats faits par toutes vos lois,
Je frissonne. Dracon est pire que Tibère.
L’aréopage est l’antre où Satan délibère.
Vous avez eu raison d’aveugler la Thémis