Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/54

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Par qui tant de forfaits stupides sont commis,
Car souvent, en voyant le mal, la violence
L’emporter, elle aurait horreur de sa balance.
Il arrive parfois que les lois d’ici-bas,
Lois qui frappent Jésus et sauvent Barabbas,
Lois dont l’étrange glaive au hasard tranche et tombe,
Du cri d’un nouveau-né font l’appel de la tombe.
Oui, l’épouvante en est venue à ce degré.
Un jour, je m’en souviens, — quand j’étais égaré
Jusqu’à me croire roi, moi qui suis ton esclave,
O devoir ! ― sous les murs d’un cachot, froide cave,
J’ai vu, c’était à Rome, une femme attendant.
On l’avait condamnée au gibet, et pendant
Qu’on dressait la potence et qu’on creusait là fosse,
Cette femme avait dit au juge : Je suis grosse.
Et le juge avait dit : Soit. Alors, attendons.
― Oh ! si je ne sentais le ciel plein de pardons,
Comme je frémirais pour l'homme et pour son âme ! ―
Qu’est-ce qu’on attendait ? ceci : que cette femme
Donnât la vie, afin de lui donner la mort.
Ainsi les hommes font dans l’énigme du sort
Pénétrer leurs décrets sans que leur raison tremble !
La mort, la vie, étaient sur cette femme ensemble.
Leur lueur éclairait le cachot étouffant ;
Horreur ! à chaque pas de l’une vers l’enfant
L’autre faisait un pas vers la mère, et, dans l’ombre,
Vers elle, l’un riant et charmant, l’autre sombre,
Et chacun apportant la clef de la prison,
Deux fantômes venaient du fond de l’horizon.
Être en proie à la loi ! Quel deuil ! ― Mon cœur se serre.
Ainsi le code humain peut finir, ô misère !
Par avoir la figure obscure d’un bandit !
Et l’enfant, si le ciel l’eût fait parler, eût dit :
Tu commences, ô loi, par me tuer ma mère.
O triste loi sans yeux, dans cette angoisse *amère,
La malheureuse a beau trembler, frémir, prier,
Tu charges son enfant d’être son meurtrier ;