Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/66

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Quoi ! le droit malfaiteur ! le progrès scélérat !
Homme, crains la balance où tout destin s’achève.
Le mal qu’on fait est lourd plus que le bien qu’on rêve.
L’aurore est hors de l’ombre et les nuits vont finir ;
Crains de mettre une tache au front de l’avenir ;
La liberté n’a pas l’assassin pour ministre ;
L’astre dont la sortie ouvre un gouffre est sinistre ;
Le progrès n’a plus rien de providentiel
S’il ne peut, sans creuser l’enfer, monter au ciel ;
Nul soleil n’a l’ampleur horrible de l’abîme ;
Si grand que soit un droit, il est moins grand qu’un crime ;
Jamais, non, même ayant la justice pour soi,
On ne peut la servir par le deuil et l’effroi ;
La vérité qui tue, affreuse vengeresse,
A des yeux de démon sous un front de déesse ;
Une étoile n’a pas droit de verser du sang ;
L’aube est blanche ; et le bien n’est le bien ― qu’innocent.


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