Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/70

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EN VOYANT UN PETIT ENFANT


Il est le regard vierge, il est la bouche rose ;
On ne sait avec quel ange invisible il cause.
N’avoir pas fait de mal, ô mystère profond !
Tout ce que les meilleurs font sur terre, ou défont,
Ne vaut pas le sourire ignorant et suprême
De l’enfant qui regarde et s’étonne et nous aime.

N’avoir pas une tache efface nos splendeurs.
Nous nous croyons le droit d’être altiers, durs, grondeurs,
Et lui qui ne se sait aucun droit sur la terre,
Les a tous. Sa fraîcheur pure nous désaltère ;
Il calme notre fièvre, il desserre nos nœuds,
Il arrive des lieux obscurs et lumineux,
Des gouffres bleus, du fond des divins empyrées ;
Ses beaux yeux sont noyés de lueurs azurées ;
S’il parlait, des soleils il nous dirait les noms.
Dès qu’un enfant est là, nous nous examinons.
Pensifs, nous comparons nos âmes à la sienne;
Le plus juste est rêveur de quelque faute ancienne ;
Il suffit, pour qu’on ait besoin d’être à genoux
Et pour que nous sentions de la noirceur en nous,
Que ce doux petit être inexprimable vive ;
Et la création entière est attentive
Aux, reproches que fait, même à ce qui reluit,
Même au ciel, puisqu’il est par instants plein de nuit,
Même à la sainteté, triste quand on l’encense,
Cette blancheur sans ombre et sans fond, l’innocence.
De quel droit sommes-nous autour d’elle méchants ?
Que nous a-t-elle fait ? Nos cris couvrent ses chants.