Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/96

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même ; elle nous éblouit de sa beauté calme et translucide ; elle ne nous agite point de ce frisson des choses révolutionnaires.

La papauté est une institution catholique ; elle durera autant que le catholicisme, dont elle est la tête. Si le catholicisme doit périr, rien ne sauvera la papauté ; rien ne la renversera, s’il doit vivre.

La Presse.

Jules CLARETIE.

... Au lendemain même de la publication de l'encyclique de Léon XIII, paraît le Pape, de Victor Hugo, ce poème qui est comme l'encyclique de la révolution et de la charité.

Quel drame plus poignant que celui-ci le pape endormi dans une chambre du Vatican voit se dérouler devant lui l’immense rôle qui lui est réservé sur terre : il parle aux rois, il parle aux peuples, il bénit, il console, il sauve, il fait tomber les armes de la guerre civile, il essuie les larmes des berceaux, il lave le sang des champs de bataille. Il est réellement, non pas le ministre du Christ, mais le Christ lui-même sur cette terre en deuil et en gésine, et lorsqu’il se voit entrant dans Jérusalem en criant : — Paix à vous ! Peuples, aimez-vous ! — et que les hommes lui disent : — Sois béni, père, — et que Dieu ajoute : — Fils, sois béni, — il se réveille brusquement en sursaut, effaré, et s’écrie :

Quel rêve affreux je viens de faire !

Tant de charité pratique lui a paru un cauchemar, et Victor Hugo, avec l’ironie suprême des forts, encadre ce songe consolant entre deux hémistiches cruels. Quel drame, encore une fois, et quelle puissante antithèse en action !

Victor Hugo, L'Homme et le Poète.

E. DUPUY.

La liberté ici-bas, la responsabilité au delà : en d’autres termes, la foi en l’âme et en la vie persistante du moi, voilà le roc sur lequel Hugo édifie à son tour sa religion spiritualiste.

Sa métaphysique définitivement édifiée, Hugo a résumé la morale qui en découle dans une sorte de mythe destiné à rendre ces abstractions saisissables pour tous. Il a écrit le Pape. Son imagination grandiose a créé là une figure symbolique, dans laquelle sont rassemblés tous les traits de la vertu idéale dont Dieu ou la conscience éternelle est le type absolu. ... Amour, pitié, paix à tous, voilà le dernier mot de ce credo sublime.

C’est bien celui de Hugo vieillissant, et la religion dans laquelle il est mort est, à la pitié près, celle qu’il a confessée dans ses écrits et dans ses actes pendant la plus longue, la plus héroïque et la plus féconde moitié de sa vie.

Le Soleil.

Ch. CANIVET.

Ce livre est une vision, mais une vision superbe, que le grand poète de La Légende des siècles a traduite par une merveilleuse épopée. On pourrait même dire que cette page magistrale est détachée de La Légende elle-même, comme un tableau de maître serait distrait d’une collection grandiose, et qui reprendra sa place dans l’œuvre complète quand celle-ci sera terminée et demeurera comme le monument le plus considérable de la poésie française.

. . . Avant de parler de la conception de ce livre, qui est admirablement belle, commençons par dire qu’il ne contient pas la moindre personnalité, et qu’il a causé peut-être quelque déception à ceux qui attendaient l’invective. Ce n’est point le pape qui est en scène, ni la papauté, mais un personnage idéal, si grand, qu’on n’en saisit ni la forme ni les contours, et comme la personnification, par un artiste de génie, de l’un de ces mythes de l’Inde ancienne, si vastes, si énormes, si disproportionnés même, que l’imagination des hommes, incapable de les saisir, n’a pu que les traduire d’une façon matérielle, par des statues colossales ou d’effrayants amoncellements de blocs et de pierres.

. . . C’est comme une résurrection du Christ, après dix- huit siècles, et, à de certains passages, on dirait même l’Évangile mis en vers, et à toutes ces beautés sans égales joignant le charme d’une incomparable harmonie. Seulement, ici, il prend quelquefois un ton plus dur, plus âpre. Son besoin de charité ne va pas jusqu’au pardon, et il lui arrive peut-être de crier trop haut, pour des offenses imaginaires, ou du moins exagérées. Deux