Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/97

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institutions le gênent : la monarchie et la religion, ou, pour parler plus juste, les rois et les prêtres. Sans trônes et sans autels, le monde s’appartient, et forcément devient meilleur, comme si le bien était une nécessité de sa nature. Il est permis de penser cela, il est même permis de l’écrire en très beaux vers, mais, en somme, ce n’est qu’une opinion, et, comme telle, essentiellement discutable. Pour Victor Hugo, c’est une vérité qui n’a pas besoin d’être démontrée et qui, malgré lui, le pousse à l’extrême.

... Victor Hugo, et c’est là un des signes les plus caractéristiques de sa personnalité puissante, devance les temps.

Le poète vit dans l’avenir, comme si cet avenir était le présent, de sorte que ce qui est possible, probable peut-être, dans un temps donné, lui paraît réel et immédiatement praticable.

. . . Partant de ce principe que le sentiment du juste et du bien domine dans la masse, il conclut facilement à l’impeccabilité de l’individu, à la bonté individuelle, mais seulement dans les rangs du nombre, victime de quelques personnalités.

Toute l’esthétique du nouveau poème tient dans cette manière de voir, et il en résulte fatalement que tous les maux qui désolent l’humanité, et la désoleront longtemps encore, ont une origine commune, et que les peuples pourront enregistrer la date d’une prospérité définitive le jour seulement où ils auront la liberté complète de leurs mouvements et la libre direction de leurs affaires.

... Non, maître, l’état d’humanité sublime que vous rêvez, que vous chantez, ne saurait être le nôtre. Il se cache peut-être parmi les nombreuses énigmes des temps futurs ; mais nous vivons, comme nos enfants vivront, sous la dure loi de nécessités fatales dont la durée est illimitée. La guerre, qui est une monstruosité, devient une chose sacrée dans de certaines occasions, et vous seriez le premier à la célébrer, de votre voix sans égale, si vous entrevoyiez, après le massacre, la résurrection complète de la patrie.

Le Siècle.

Edmond TEXIER.

Voici une œuvre qui s’impose à tous et dont la logique puissante est pour embarrasser les cléricaux eux-mêmes, car elle ne condamne et n’écrase l’ultramontanisme qu’en exaltant la pure doctrine de l’Évangile primitif, — doctrine poétiquement rêvée et parlée par le Christ, diminuée déjà par les scoliastes qui se chargèrent de l’écrire, adultérée définitivement par l’esprit théocratique dès que la religion devint un mode gouvernemental.

Cette loi de paix, d’amour, d’humilité, qui a dû flotter dans la pensée du Christ et dont le reflet reste autour de sa mémoire comme le rayonnement d’un nimbe, Victor Hugo suppose qu’elle devient une réalité pendant quelques instants, qu’elle se substitue aux textes apocryphes, aux dogmes, aux traditions, à cet amas de conventions théocratiques sur lequel repose depuis des siècles la papauté, et il nous montre le pape dégagé du vain appareil, de l’attirail luxueux, délivré aussi des préoccupations temporelles, des prétentions autorités, reprenant le bâton de saint Pierre, son manteau de bure et sa mission d’évangéliste, prêchant aux hommes la parole de concorde et de charité. Figure idéale dont l’humilité même est sublime et qu’un poète de génie pouvait seul créer avec cette intensité de vie, cette puissance de relief, cette hauteur écrasante.

Victor Hugo dit aux catholiques : — Voici le pape du Christ ; — et aux autres : — Voici le pape de l’humanité. — Si cette vision surnaturelle laisse aux libres-penseurs une impression doucement mélancolique, elle enferme les ultramontains dans le cercle d’un terrible dilemme.

Les Droits de l’Homme.

Hector L'ESTRAZ.

Certes ce poème de Victor Hugo porte sa date, il est rempli de modernité. Par l’introduction et par le dénouement aussi bien que par certaines parts d’une indignation magistrale et d’une satire souveraine, le maître a rattaché son œuvre à l’époque présente. Mais ce qui nous frappe le plus, c’est le côté idéal et pour ainsi dire hors des temps, l’inspiration surhumaine de ce livre qui est à nos yeux comme le résumé des idées sociales du grand démocrate, et comme son testament politique ou plutôt le testament politique du XIXe siècle. Toutes les questions sont, en effet, non seulement abordées mais résolues dans ce code de l’humanité, et elles sont résolues comme devraient.