Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome VI.djvu/237

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Tandis que votre nom, devant qui tout s’efface,
Montera vers les cieux, puissant, illustre et beau, —
Vous sentirez ronger dans l’ombre votre face
             Par le ver du tombeau !

                                    *

Sombres événements, hérauts aux noirs messages !
Masques dont le Seigneur connaît seul les visages,
Que vous parlez parfois un langage effrayant !
Oh ! n’arrachez-vous pas au livre de Dieu même
Ces feuillets ténébreux, pleins d’un vague anathème,
             Que vous nous jetez en fuyant ?

Rien n’est complet ; à tout il manque quelque chose ;
L’homme a le pilori, l’ombre a l’apothéose.
Ces héros sont trop grands ! un même sort les suit.
Hélas ! tous les Césars et tous les Charlemagnes
Ont deux versants ainsi que les hautes montagnes ;
D’un côté le soleil, et de l’autre la nuit.

Et quel temps fut jamais plus grave et plus sévère !
Le Christ déraciné tremble sur le Calvaire.
Oh ! que d’écroulements ! tout chancelle à la fois,
Tout plie et rompt, les grands sous la charge des haines,
Les rois sous le fardeau du sort, les lois humaines
             Sous le poids des divines lois !

Rien de ces noirs débris ne sort — que toi, pensée !
Poésie immortelle à tous les vents bercée !
Ainsi, pour s’en aller en toute liberté,
Au gré de l’air qui souffle ou de l’eau qui s’épanche,
Teinte à peine de sang, la plume chaste et blanche
Tombe de l’oiseau mort et du nid dévasté.